Dennis Mukwege contre toute la Classe Politique : La Quête du Changement par un Outsider

Le suspense a finalement trouvé son dénouement : Dennis Mukwege, lauréat du prix Nobel en 2018, a annoncé sa candidature à la magistrature suprême de la RDC. Dans une salle emplie de chants, de cris, et d’appels à rejoindre la course pour mettre fin à leurs souffrances, le médecin a accepté avec joie le défi qui s’offrait à lui, déclarant que le moment était venu. Après avoir exprimé sa gratitude envers les femmes qui avaient rassemblé les fonds nécessaires pour sa caution, Mukwege n’a pas perdu de temps pour préciser l’ordre du jour.  En résumant ses intentions, il a affirmé : “Je ne suis pas ici pour perpétuer le statu quo, mais pour opérer une véritable rupture.” Cette phrase résume l’essence même du récit de cette élection. L’histoire d’un Outsider qui défie l’Établissement Politique.

La fin du règne de Kabila avait suscité un espoir naissant selon lequel les choses allaient enfin évoluer. L’après-Kabila semblait annoncer un tournant vers un changement véritable. Malheureusement, cette période d’optimisme a été éphémère, s’effaçant aussi rapidement qu’elle était apparue. Le régime actuel, qui s’était autrefois présenté comme le fer de lance de l’opposition démocratique et pacifique dans la lutte pour la démocratie, est désormais accusé d’embrasser certaines pratiques autoritaires du régime précédent, éclipsant ainsi l’héritage d’Étienne Tshisekedi. L’arrestation arbitraire de journalistes, de militants et d’autres personnes, l’assassinat d’opposants politiques et le massacre de citoyens pacifiques semble être les caractéristiques de l’ordre politique actuel. Près de cinq ans plus tard, de nombreux Congolais se sentent trahis et ont conclu que le vrai problème résident dans l’ensemble de la classe politique.  Ce sentiment général envers la classe politique, souvent surnommée la “classe pouritique” par certain, se manifeste clairement dans les récents sondagesqui démontrent que la majorité des citoyens préfèrent s’abstenir plutôt que de voter pour les candidats des partis politiques établis. C’est dans ce contexte de rejet citoyen de l’établissement politique existant que la candidature de Dennis Mukwege émerge en tant qu’outsider.

La tentation et la réaction immédiates des observateurs politique a été de dépeindre rapidement la candidature de Mukwege comme un candidat de l’opposition indistingué des autres, ce qui aurait pour effet de fracturer davantage la base électorale de l’opposition si elle ne s’unissait pas. Toutefois, cette analyse est erronée et témoigne d’un manque de compréhension du contexte politique courant comme décrit ci-dessus. Mukwege se distingue pour une raison simple : il ne fait pas partie de cette classe politique dont la population ne veut plus. L’équation n’est donc pas Felix Tshisekedi contre les multiple candidats de l’opposition, mais Mukwege contre tout le monde.  La véritable bataille est entre Mukwege (l’outsider) contre la classe politique dans son ensemble. Cette tendance de citoyen non-politicien cherchant à briguer la plus haute fonction du pays est en hausse, la RDC n’est pas unique. Le cas de Donald Trump aux États-Unis en est l’exemple le plus célèbre.

Le médecin a précisé qui était l’adversaire lorsqu’il a déclaré : « Notre pays est malade de sa classe dirigeante. Il mérite une classe politique moins résignée mais surtout moins insouciante, moins égoïste, moins cynique, moins avide des biens faciles ». Le fait d’être un outsider, le distingue de tous les candidats (y compris le président sortant). Dans ce contexte, le fait d’être un outsider et manqué cette ‘expérience politique’ devient un avantage indéniable et non un handicap comme certains l’ont déclaré. Confronter à une tache gigantesque qui vise nettoyer le pays de cette classe politique corrompue, Mukwege se retrouve dans le conte classique biblique, d’un David affrontant non seulement Goliath, mais aussi toute l’armée des philistins. Alors que la campagne électorale prendra bientôt son envol, le pays tout entier retient son souffle pour voir si le docteur Mukwege peut réaliser ce que tant de Congolais désirent ardemment : un avenir meilleur pour leur nation.

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